Bon, je vous propose un petit exercice : avant votre prochaine prise de parole, trouvez une position dans laquelle vous êtes à l’aise, posez vos mains quelque part, puis dites votre première phrase. Ça paraît modeste, présenté comme ça… mais c’est déjà plus concret que de vous ordonner d’« avoir confiance ».
Ces cinq postures de confiance en soi sont des repères à essayer pour prendre la parole et occuper votre place plus confortablement. Elles ne garantissent ni assurance immédiate ni transformation de votre personnalité. Vous pouvez être nerveux et participer quand même, les deux ne s’excluent pas.
Cinq repères à essayer
Choisissez une seule piste pour votre prochain échange. Ouvrez-la pour retrouver le geste et une phrase à tester.
1. Debout, trouver des appuis confortables
Posez les pieds au sol dans un écartement naturel, gardez les genoux souples et laissez les bras se placer sans effort. Cherchez une position que vous pourriez tenir pendant quelques phrases, sans vous figer ni vous balancer volontairement.
À essayer : dites simplement « Je voudrais ajouter quelque chose », puis formulez votre idée. Si vous passez tout votre temps à surveiller vos pieds, simplifiez, la posture est censée accompagner votre parole.
En position assise ou avec une aide à la mobilité, partez des appuis qui vous conviennent. Ce repère concerne la stabilité ressentie, pas une obligation de vous tenir debout.
2. Se redresser sans se raidir
Si c’est confortable pour vous, relevez un peu le buste et laissez les épaules retomber. Pas besoin de bomber le torse, de tirer les épaules en arrière ou de rentrer le ventre jusqu’à oublier de respirer (là, je vous aurais surtout préparé un concours de statues).
À essayer : lisez une phrase dans votre position habituelle, puis avec ce petit ajustement. Comparez votre aisance. Si vous vous sentez plus tendu, revenez à une position plus naturelle.
Il n’existe pas ici d’angle parfait à atteindre. Adaptez la proposition à votre corps, et ne forcez pas une position douloureuse.
3. Donner une place aux mains
Quand on ne sait plus quoi faire de ses mains, on peut commencer très simplement : les poser sur les cuisses ou la table en position assise, ou les laisser détendues près du corps debout. Ensuite, autorisez les gestes qui accompagnent naturellement votre explication.
À essayer : exposez deux idées, avec un geste simple pour chacune, puis laissez vos mains revenir au repos. Inutile de chorégraphier toute la conversation.
Des bras croisés ne constituent pas, à eux seuls, la preuve qu’une personne est fermée ou manque de confiance. Elle peut simplement être bien comme ça. Gardez ces gestes comme des possibilités, pas comme un dictionnaire permettant de lire les pensées des autres.
4. S’asseoir en gardant sa place
Installez-vous sur le siège de façon confortable, utilisez le dossier si vous le souhaitez et gardez vos documents à portée de main. Vous avez le droit d’occuper votre place, sans vous recroqueviller pour disparaître ni vous étaler pour impressionner la salle.
À essayer : dans une réunion, préparez une intervention d’une phrase et dites-la depuis cette position. Par exemple : « Sur ce point, j’aimerais qu’on précise le délai. » Une intervention courte suffit pour commencer.
Si le siège est mal adapté, changez d’appui ou de position. L’inconfort du mobilier n’a rien à prouver sur votre assurance.
5. Orienter son attention vers l’échange
Tournez-vous vers votre interlocuteur autant que la situation et votre confort le permettent. Vous pouvez regarder son visage, revenir à vos notes ou porter votre regard ailleurs pendant que vous réfléchissez. Pas besoin de soutenir un regard fixe pour mériter d’être écouté.
À essayer : écoutez la fin d’une phrase, puis reprenez l’idée qui vous intéresse : « Si je comprends bien, vous proposez… » Ce petit exercice remet le contenu de l’échange au centre.
Le contact visuel n’est pas confortable pour tout le monde, et les habitudes varient selon les personnes et les contextes. Vous pouvez manifester votre attention avec vos réponses, une question ou un signe de tête, sans vous imposer une règle qui vous crispe.

Comment essayer ces postures au quotidien ?
Choisissez un seul ajustement pour une situation précise, demander un renseignement, proposer une idée en réunion ou commencer un appel. Préparez ce que vous souhaitez dire, puis testez ce repère pendant l’échange.
Après coup, posez-vous trois questions simples :
- Est-ce que cette position était confortable ?
- Est-ce que j’ai pu dire ce que je voulais dire ?
- Qu’est-ce que je souhaite garder ou changer la prochaine fois ?
Vous pouvez noter votre aisance sur dix avant et après, si cela vous aide à observer ce que vous ressentez. C’est un repère personnel, pas une mesure scientifique, et un chiffre qui ne bouge pas ne signifie pas que vous avez raté l’exercice.
Si une posture vous oblige à penser à vos épaules, vos mains et votre regard en même temps que votre phrase, laissez-en tomber une partie. On veut quand même vous laisser un peu de place pour la conversation.
Une posture confiante, qu’est-ce que cela change vraiment ?
Les recherches sur les « postures de pouvoir », ces positions ouvertes ou expansives parfois présentées comme des raccourcis vers l’assurance, donnent une réponse nuancée. Une méta-analyse de 2022 portant sur 88 études et 9 779 participants trouve des effets sur le ressenti déclaré, mais pas sur les mesures physiologiques. Les résultats concernant le comportement sont moins solides, notamment en raison de biais de publication possibles.
Une étude de réplication menée auprès de 200 personnes en 2015 avait déjà retrouvé une différence dans le sentiment de pouvoir, sans confirmer d’effet sur la testostérone, le cortisol ou les tâches de prise de risque. Se sentir momentanément différent ne prouve donc pas qu’une pose change les hormones ou rend durablement plus confiant.
Autre limite : comparer une posture expansive à une posture très repliée ne dit pas toujours ce qui se passe par rapport à votre position habituelle. Et ces travaux ne valident pas chacune des cinq propositions présentées plus haut comme une technique thérapeutique. Le but est d’expérimenter votre confort et votre manière de communiquer, sans vous ajouter une nouvelle performance à réussir.
Faut-il se sentir confiant avant de parler ?
Vous pouvez commencer avec une petite action, même si l’appréhension est encore là. Une question posée, une idée formulée, une limite exprimée, ce sont des choses concrètes à observer. La posture peut vous servir de point de départ, elle n’a pas à devenir une condition supplémentaire.
Si la peur du regard des autres vous fait régulièrement éviter des situations importantes ou vous fait souffrir, ces essais ne remplacent pas un accompagnement. Un professionnel de santé peut vous aider à chercher des solutions adaptées, comme le rappelle le NHS dans ses conseils sur l’anxiété sociale.
Voilà, prenez un geste qui vous convient et une phrase que vous avez envie de dire, puis voyez comment cela se passe. Vous aurez déjà quelque chose de plus utile qu’une injonction à devenir une autre personne.